Se préparer pour Primavera, c’est comme se préparer pour un marathon. La semaine précédent l’évènement, il est préférable de se coucher tôt, de manger sainement et à des heures raisonnables, de réduire les doses d’alcool quotidiennes et surtout de travailler son mental.
Jeudi - 10h
Atterrissage en douceur. Le coeur bat très fort et tu respires à plein poumons, le sourire aux lèvres. L’esprit ailleurs, les sunnies sur le nez, tu t’extasies comme une demeurée. Tu es une touriste à Barcelone, comme à peu près tous les gens autour de toi.
Sans surprise, l’appart qui avait l’air si bien sur les photos n’est pas vraiment terrible. Tu poses tes fesses sur le matelas, les ressorts s’agressent déjà. Qu’importe : tu n’es pas venue à Barcelone pour dormir mais pour kiffer.
Jeudi – 19h
Fraiche et dispo, tu t’approches de l’entrée. Le sol est jonché de canettes de San Miguel vides : les espagnols sont prêts à en découdre. Après avoir récupéré ton pass 3 jours en forme de bracelet (que certains t’achèteraient à prix d’or à l’entrée, car le festival est complet), tu regardes un peu autour de toi. Il y a déjà 35.000 personnes surexcitées qui courent un peu partout. Le programme est si dense qu’il faut bien organiser sa soirée. Ce sont les XX qui t’aident à démarrer le festival en douceur. Moment de douce extase : la scène Ray-Ban donne sur la mer, il fait très chaud et quelques gouttes de pluie viennent te rafraichir le corps. Le show des XX n’est pas vraiment fait pour une scène aussi immense mais qu’importe. Cette petite listening party n’est pas pour te déplaire. Il est ensuite temps de récupérer le saint Graal : les tickets boissons. L’Espagne a cela de fantastique qu’elle n’impose pas la bière comme agitateur d’esprit. Elle offre aussi, outre la vodka redbul (que Dieu la bénisse) et autres combinados, le shot de Jägermeister, une sorte d’alcool au goût médicinal qui te ferait presque adorer la liqueur de menthe. Tu files ensuite voir Broken Social Scene. Tes oreilles s’excitent en entendant Texico Bitches, de loin. Car en festival (et surtout en Espagne), il faut parfois choisir entre socialisation et musique.
Primavera est un festival à l’heure espagnol. Que les couches-tôt ne s’y attardent pas : les concerts les plus intéressants se passent souvent tôt le matin. La Redbull aidant, il a tout de même été possible de vivre entre 3 et 5heures du matin, quelques belles expériences visuelles et sonores : Fuck Buttons, un choc physique et violent mais finalement assez poétique mais aussi Moderat, très beau.
Vendredi – 5heures du matin
Tes pieds te supplient de rentrer, il est alors temps de retrouver les joyeux ressorts de la Placa de Catalunya. Le métro est ouvert, le soleil brille, tes pieds sont meurtries, tu es fatiguée mais heureuse.
Vendredi – 20h
Les yeux sont cernés mais les sourires toujours affichés. Les espagnols sont des warriors, ils n’ont aucun problème avec la fête à outrance. Tu t’accordes une double dose de RedBull, n’ayant dormi que 3 heures cette nuit. Le festival peut démarrer en douceur. Sur la scène Ray-Ban à nouveau, s’affichent les visuels kitchissimes de CocoRosie. Les 2 soeurs t’emportent jusqu’au coucher du soleil dans un set d’une poésie folle, frôlant souvent la dinguerie mais conservant toujours une certaine beauté.
“Hey, mais c’est pas TEZ sur le grand écran et qui fait du beatbox au fond ?”
Primavera est un festival à l’organisation extra-ordinaire : toilettes propres, de nombreux espaces pour se poser, des bars toujours accessibles et surtout une population trendy qui sait se tenir (même en fin de soirée). Très très cool. Pendant les moments de flottements, tu peux facilement te poser pour partager tes expériences avec l’espagnol à ta gauche, le beau parisien à ta droite ou le hollandais qui danse devant toi.
A 1heure 15, tu pars vers la scène Pitchfork voir Cold Cave. Une belle claque, entre electro-rock, new wave moderne et rock noisy. Sublime énergie scénique. La foule est en délire et prête à accueillir Major Lazer. A la manière de Crystal Castles, le groupe te désarme par une prestation grotesque, déconstruite, beaucoup trop fournie en samples les uns à la suite des autres. Ton cul de blanche voulait bouger son booty ? il n’a qu’à simplement bouger de cette scène !
Après quelques aléas (rater “Where is my mind?” de Pixies, oublier d’aller voir Panda Bear, ne plus retrouver les copains, fumer ses dernières clopes…), tu arrives devant Yeasayer. Le problème des groupes dont on te dit qu’ils sont “inratables sur scène, tu vas voir ils sont fabuleeeeeux“, c’est que tu es toujours forcément déçue. Après tout, ce ne fut qu’une belle prestation scénique, pleine d’énergie. Tu cherches encore l’extase avec un goût de frustration. A 5heures, quelques milliers de zombies traversent le parc del forum. Fin du 2ème soir.
Samedi – 21h
Le taxi n’a pas été assez rapide, tu es en retard pour The Drums. Tu frôles la tachycardie : Redbull + footing express ne faisant pas très bon ménage. Le groupe est hyper efficace et te donne très très envie de danser et chanter (“ohhh mamaaaaa, i wanna go surfiiiiiiiiiing“). La bouteille d’eau que tu t’étais promise de boire toute la nuit est vite remplacée par quelques shots réparateurs et tu pars voir Matt & Kim. Une belle révélation scénique : une mignonne à la batterie et un gay hystérique sautillant sur un synthé peuvent donc suffire à réveiller un public ! C’est donc tout à fait énergisée que tu pars voir… les Pet Shop Boys, seul groupe à jouer à 1heure du matin ce soir là. Dans un flottement mental, tu te retrouves dans le pire des années 80 : costumes grotesques, chorégraphie stupide et synthés ringards. Qu’importe, les tubes s’enchaînent et tu danses finalement avec plaisir. Cela te permet enfin d’atteindre les 3 heures du matin, et ton dernier concert du festival : HEALTH. Malheureusement, le groupe joue sur la scène Vice, qui n’a pas un son fabuleux. Mais leur deux singles “We Are Water” et “Die Slow” t’emmènent quand même loin dans la violence des émotions. Le reste du set est noisy mais efficace.
Samedi – 6 heures
Le soleil se lève à nouveau, nos pieds sont des moignons. Les esprits se chauffent, les corps se frôlent, les yeux se couvrent. Personne ne veut quitter l’irréalité de ce festival. Il faut pourtant prendre le 1er métro.
Back to reality.
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