Quand tu pars pour la Route du Rock été 2010, tu as un doux rêve. Celui que le temps sera aussi bon que pour l’édition été 2009. Alors, entre le ciré jaune, les bottes Aigle et le parapluie, tu places dans ton sac les tongs, le maillot de bain et la crème solaire. Au cas où.
Mais cette année, dès ton arrivée à la gare de Saint Malo, tu sais déjà que tu ne t’en serviras pas. Le ciel est maussade mais les coeurs tout de même en fête. La Route du Rock va commencer !
- Vendredi –
Le défi de ce début de soirée (et le premier d’une longue série), c’est de chopper la navette qui t’amène de la ville Intra Muros au site du festival. Un ami te dit qu’elle passe toutes les 45 minutes. Tu ris de bon coeur, jusqu’au moment où tu vois la file d’attente devant le panneu “Bus RDR”. La navette passe bien toutes les 45 minutes… Pour peu qu’elle passe !
Défi relevé avec brio, mais tu n’as pas le même son de cloche de tes amis, qui l’attendront au final… 1h30 ! Niveau organisation, voici clairement un point à revoir.
L’accréditation autour du cou, tu es ravie de constater qu’il n’a pas beaucoup plu durant la journée et que le sol est encore stable. Au loin, les Dum Dum Girls finissent leur set punchy. Tu aurais aimé en voir plus.
Cette année, la programmation des têtes d’affiches par soirée semble s’être faite par thématique. Du coup, le vendredi soir se la coule douce et se la joue limite low tempo. Un peu décevant, car tu aurais plutôt aimé commencer sur les chapeaux de roues.
Owen Pallett est tout mignon sur scène avec son petit violon. Lui et son musicien réussissent l’exploit de jouer à 2 un album enregistré avec tout un orchestre symphonique (celui de Prague, te souffle Le Plantigrade à l’oreille). Il termine en beauté par une reprise de Caribou.
Quelques bières/frites plus tard (ah, le glamour des festivals français qui ne servent de l’alcool fort qu’au bar VIP…), Yann Tiersen arrive en bonne compagnie pour sa “création scénique”, qui présente son nouvel album “Dust Lane”. C’est shoegaze, c’est planant, même si on n’entends pas toujours les instruments à corde, à cause des grosses guitares. Celles de Tiersen sont ensuite remplacées par celles des Black Angels puis de Liars. Mais tu n’écoutes que d’une oreille impatiente : tu attends Caribou.
A 2h40, le groupe arrive. A ta grande surprise, c’est une formation très rock qui monte sur scène. Toi qui t’attendais limite à voir une performance à la SMD, te voici déjà déçue. Et au fur et à mesure que le groupe joue, tes espoirs s’amenuisent : ce ne sera pas la prestation que tu attendais. C’est égal voir moins bien que l’album, une version un poil plus rock que l’album, mais beaucoup plus chiante.
- Samedi –
Enfin, la pluie est au rendez-vous. Tes nouvelles bottes de pluie vont pouvoir s’en donner à coeur joie ! L’arrivée sur le site est épique : navette aux abonnées absentes (Merci Sylvain!), boue, pluie battante, blocage des entrées par la sécurité, interdiction des parapluies sur le site… Martina Topley Bird joue donc devant 200 personnes. Quel dommage : Le personnage vaut le détour. Quelle voix, quel charisme, quelle beauté et quelle tenue ! A son grand désespoir, la pluie s’arrête pile au moment où elle quitte la scène. Toi, tu es tout de même soulagée de fermer ton parapluie prohibé.
Le grand plaisir de tout festivalier, c’est d’être agréablement surpris par un groupe qu’il ne connaissait absolument pas. C’est la sensation que te procure le show electro-rock du duo The Hundred in the Hands. A découvrir, donc !
Vient ensuite la valeur-sûre de la soirée : Foals. Toi qui avais été surprise par leur second album, tu avais tout de même su l’apprécier après quelques (nombreuses) écoutes. Le groupe prouve qu’il est aussi bon sur scène à jouer du bon rock sautillant et uptempo (Cassius) que des ballades shoegaze bien planantes (quasiment toutes les chansons de leur dernier album du coup). Le public était ensuite prêt à accueillir Massive Attack, qui avait rempli le site sans surprise.
La suite de la soirée fut enfin plus rythmée avec les roux de Two Door Cinema Club, qui n’ont pas surpris dans un set calé mais pas extraordinaire et We Have Band, qui ont ajouté à leur trio une batterie, donnant plus de punch à l’ensemble. Tu te payes le luxe de slamer sur la foule l’espace d’un instant. Tu ne tombes pas dans la boue à l’atterrissage : le Plantigrade à la réception. Merci !
- Dimanche –
Tu arrives tardivement : la fatigue, la boue et la pluie auraient presque eut raison de ta motivation. Mais c’était sans compter sur l’excitation de tes proches à l’idée de voir The National, qui ne sont à ce moment là pour toi encore qu’un “autre groupe en The”. Mais dès la première minute de leur set, tu te demandes comment tu as passer à côté de ce groupe. Le chanteur et ses chants de cygne ont une classe folle. La grâce qui émane du concert est palpable. Les cordes, les cuivres et les claviers amènent à la formation une profondeur qui te ferait monter les larmes aux yeux (s’il n’y avait pas ces 10.000 personnes autour de toi). Tu voudrais que le concert dure encore et encore, tellement il est beau.
Le concert suivant est d’une toute autre nature. Les Flaming Lips t’emmènent tout droit à DisneyLand avec un show visuel grandiloquant et extra-ordinaire (sens premier du terme). Le chanteur arrive sur la foule dans une bulle géante. Des dizaines de “Flaming Lipsettes” se trémoussent sur les côtés de la scène. Des cotillons explosent sur la foule. Un écran géant hallucinogène distille des images pop et colorées. Un Kermit La Grenouille et son double féminin dansent avec le chanteur. Des fumigènes nous étouffent. C’est la fête aux acides ! Un bon moment de rigolade donc.
Pour finir, les très modeste The Rapture prennent la scène en remerciant les Flaming Lips d’avoir fait leur 1ère partie et en leur souhaitant “qu’un jour ils soient aussi connus que nous”. Tant d’humilité t’achève, tu quittes enfin la boue en sautant dans une flaque.
Merci petites bottes de pluie. On se serait limite cru à Glastonbury !
Cadeau : Le Petit Zip de la RDR avec The Hundred in the Hands, Martina Topley Bird, The National, Owen Pallett.
Le Post-Report de Sylvain Corvaisier